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Pensées de l’instant

Utopie, ostalgie, oubli ?

Aujourd’hui, perdu sur le web, j’ai vu des documents sur la fin de l’ancienne Allemagne de l’Est. C’est quand même assez impressionnant de penser que la barbarie n’a cessé chez notre grand voisin du nord qu’il y a une petite quinzaine d’années; que lorsque j’étais un petit garçon (j’ai eu 10 an an 90), il arrivait encore à des citoyens allemands de se faire fusiller lorsqu’ils tentaient de regagner l’autre moitié de leur patrie.

Une autre chose assez amusante, c’est que l’avant-dernier dirigeant de la DDR (le dernier ne fera qu’un bref passage au sommet avant l’absorption par l’Ouest) était originaire de la Sarre, une petite région proche de l’Alsace-Lorraine et qui a connu les mêmes convoitises entre France et Allemagne que ces deux-là. Je trouve donc amusant de voir que le dictateur de l’Est soit originaire de l’extrême ouest du pays réunifié.

Enfin, le but de l’intervention n’était pas ces petites considérations territoriales (savez-vous que la Sarre a failli devenir un Etat indépendant dans les années 50 ?), mais les grandes certitudes d’aujourd’hui.

Une petite vingtaine d’années sépare les deux guerres mondiales. Suivies de quarante années de division de l’Europe. Et aujourd’hui, moins de vingt ans après la réunification, alors que le canon résonne encore dans les Balkans, on raconte, fiers de nous que la guerre n’aura plus jamais lieu sur le continent; la France disait la même chose en 18. Et la grande Union Européenne, elle doit durer combien de temps ? Mille an comme l’Empire Romain ? Mille an comme le Saint Empire Romain Germanique ? Ou mille ans comme le IIIe Reich ?

Mais là, 15 ans après la Guerre Froide, on a déjà oublié toute l’histoire du continent. Ces divisions et guerres qui se sont perpétuées de siècles en siècle en Europe sont l’une des deux choses les plus anciennes que nous connaissons sur ce contient, avec la constellation des religions judéo-chrétiennes. Et l’on affirme après seulement quinze ans de paix que celle-ci sera éternelle.

Et l’Euro. J’avais comme comparaison historique l’introduction du franc suisse. Et je me disais que l’introduction d’une monnaie unifiée était définitive. Eh bien non ! Une union monétaire a déjà existé l’Union Monétaire Latine, mais n’a pas tenu face aux coups de l’Histoire. Après avoir eu le franc belge, français suisse, CFA, nous aurons peut-être l’Euro allemand, français, belge, etc… Cela dépendra de la capacité des différentes économies à se synchroniser. Aujourd’hui, la presse reparle aussi d’anti-sémitisme, avec une sorte de nostalgie morbide de l’an 40, tantôt à l’encontre des Juifs eux-mêmes, tantôt pour justifier une haine des Arabes. Il me semble qu’il y a quelques lacunes dans l’étude des peuples qui sont peut-être dues à l’impossibilité d’étayer ces raisonnements erronés au moyen de chiffres faux et de formules magiques, comme en économie. Et oui, le racisme est peut-être un des derniers bastions que tient encore la psychologie contre les mathématiques. En effet, il faudrait être ultra doué pour trouver une base rationnelle à ces comportement. Avez-vous remarqué qu’en Suisse, les cantons les plus fermés en matière d’immigration sont ceux où celle-ci est la plus faible ?

Mais peut-être fait-on les mêmes erreurs qu’en économie : on établit des corrélations statistiques sur la base de préjugés et rumeurs, on pontifie sur la certitude de notre méthode en détournant les écrits de quelque grand mathématicien, puis lorsque l’Histoire nous donne tort, on trouve le moyen de retourner sa veste, à moins d’avoir déjà quitté ce monde. Souvenez vous l’épisode de la “nouvelle économie” en 2000.

Alors qu’en fait, l’économie, ça fonctionne comme la guerre. Tout simplement : il suffit de remplacer le mot soldats par argent, forteresses par banques, morts, par chômeurs, champ de bataille par bourse. Ainsi, si pour remporter la guerre, il faut être supérieur en nombre (Napoléon Ier dixit), pour gagner des millions, il faut avoir des milliards.

Il n’est point besoin de faire de grandes études pour comprendre cela. Un CFC d’employé de commerce suffit. Mais lorsque le monde est trop facile, l’homme a à coeur de l’en rendre plus compliqué. Alors la pauvre économie dont la seule science chiffrée utile est la comptabilité qui se contente d’additions et de quelques règles de trois fait des complexes d’adolescente rougissante face aux sciences exactes. Et puis, comment expliquer à un physicien que le pouvoir est détenu par des comptables, et que son argent est géré par des croupiers ?

Non, vraiment il fallait absolument assurer à l’économie des lettres de noblesse. Gardons la séparée du monde obscur des casinos. Si l’on joue au casino (pour s’amuser), en bourse on investit. Il s’agit de noble stratégie, appuyée par de grands économistes qui nous débitent de savantes formules mathématiques (auxquelles on ne comprend certes rien… mais quel aplomb et quel professionnalisme). On n’en peut que leur faire confiance…

Du moins, c’est ce que l’on entendait encore au printemps 2000. Ensuite tout le monde a perdu confiance, on a quitté précipitamment la bourse. Maintenant, elle va reprendre gentiment et d’ici quelques années, on refera exactement les mêmes erreurs. Ce sera parti… comme en quatorze ! Et oui, à l’instar de la nature, l’Histoire et l’économie connaissent elles aussi des cycles.

On en reparle dans cinquante ans ?

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