Justine, voix de la radio, muse d’une nuit
J’étais là , dans mon espèce squat, dans un face à face acharné pour vaincre la technologie de pointe qui me faisait face. Tantôt je lui faisais avaler galette après galette, tantôt je lui faisait des piqûres à coup de port USB. La bataille était presque gagnée et mon cruel ordinateur était en train peu à peu d’accepter ma suprématie, dans ce paysage apocalyptique de mon studio, jonché de CD divers et variés, de magasines lus pendant que la machine travaillait, des câbles qui telles des perfusions la reliaient à ses sources d’énergie et d’information.
Savourant ma victoire, j’allumai la radio, comme toujours connecté à la France qui est tellement plus facile à capter que cette Suisse dans les frontières de laquelle je me trouve pourtant. Musiques est le nom de cette radio. Mais pour une fois, ce n’est pas une musique, mais une voix qui me charma.
La voix avait 24 ans, un délicieux accent de ma deuxième patrie. C’était une voix douce, de cette douce chaleur emplie de féminité, de cette délicatesse qui fait chaud au coeur lorsque le Général Hiver, loin de sa Russie natale, approche déja, dans ses premières tentatives de congeler le continent.
Ces deux mots qu’elle offrait lors de cet interview, auraient suffit à me la faire accepter tout de suite. Alors que le journaliste lui remarquait qu’à 24 ans elle pouvait voir venir, elle exprimait l’impatience qui me caractérise aussi. Quelle lenteur pour se forger un destin dans la glace froide et dure de la vie, à essayer d’aller de l’avant, malgré ces fausses traces qui nous font glisser sur les côtés, qui nous empêchent de continuer à avancer, malgré les autres qui viennent en face et qui nous indiquent de fausses directions, entamant nos certitudes à coup de leur funestes et fumeuses mythologies.
Puis revient la musique. Elle joue probablement dedans, mais qui est-elle ? Est-ce elle qui chante ? Ou est-elle dans l’orchestre ? Ah ! Je n’ai pas suivi, pris que j’étais dans mes futiles occupations, telles que de régler mon réveille-matin pour demain ou bien d’ajouter des paramètres dans mes diverses applications.
La voix est partie. Et comme toutes ces autres jolies, elle s’éloigne inexorablement de moi, se cache, s’enfuit.
La musique s’arrête. J’apprends maintenant qu’elle s’appelle Justine Charlet. Qui est-ce ? Que fait-elle ? Google ne me répond pas. Le site de France Musique est bogué et ne m’aide pas plus. Cette fois, Janacek qui vient me la prendre avec son piano solo…
Mais qui es-tu Justine ?
Après tout, n’est-elle pas qu’une de ces innombrables chimères dont j’essaie en vain de peupler ma vie alors que je tente de sortir de la futilité et de cette morne routine ?
Le piano s’arrête, deux-trois mots, puis la musique reprend avec Léo Ferré, un piano qui sonne faux sur un poème de Rimbaud, les Assis.
Non, ce n’était finalement bien qu’une chimère de plus. La voix était douce et émouvante, mais plus la musique avançait, plus nous nous éloignions, définitivement séparés par ce poème incompréhensible accompagné d’un massacre sonore. Léo avait-il donc finalement réussi à descendre autant d’absinthe qu’Arthur ?
Et à la fin, lorsque la demoiselle est partie, j’apprends qu’en fait, elle a le même statut que moi par rapport à cette radio : l’émission s’intitulait “Ouvert la nuit, la discothèque des auditeurs”.
Bonne nuit, chère Justine ! Longue vie et plein de bonheur à toi. Quant à moi, je ne vais pas encore pouvoir dormir : voilà qu’ils passent maintenant le concerto pour piano “L’Empereur” de Beethoven. Et s’il y a bien une musique qui m’empêche d’arrêter la stéréo, c’est celle-ci, pleine de force et de victoires, mais aussi toute de douceur et de subtilité…
23 février 2007 at 16:31
Bonjour! Je suis la Justine en question, j’étois surprise en découvrant cet article certes un peu emphatique mais plutôt flatteur, et je me demandais à qui je le devais. Echange infos sur moi contre réponse ! A bientôt, justine.
25 février 2007 at 18:42
Bonjour Justine,
C’est ta réponse qui est flatteuse ! Je t’en remercie. Pour le reste, un courriel vient de partir…
A bientôt !