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Pensées de l’instant

Effacer et puis recommencer

Depuis toujours, dans mon esprit, j’ai bien séparé la réalité de la fiction. C’est un point central de toute éducation et les adultes sont unanimes. Ces deux choses sont bien séparées.

Je suis resté des années avec cet axiome. Et pendant longtemps, je voyais bien que quelque chose ne collait pas. Tant de vérités qui transparaissent dans les rêves et les romans. Et tant de mensonges dans l’actualité et la publicité. Bien sûr, des intérêts imposent aux romanciers de ressortir des éléments réels pour que les lecteurs puissent s’identifier à l’oeuvre; apprécier. Et ces mêmes intérêts animent les publicistes qui doivent mettre en scène marques et produits, pour que le consommateur arrive à oublier qu’ils sont semblables aux autres; apprécier.

Mais comment expliquer d’autres mouvances entre réalité et utopie ? Durant des siècles c’était utopique de s’imaginer que l’homme puisse voler comme les oiseaux. Aujourd’hui, c’est une banalité bien réelle. Et combien de divinités bien réelles sont-elles devenues au fil des siècles de vulgaires figures mythologiques ?
Alors, pourquoi continuer de se plier au réalisme ? Pourquoi la vie ne serait-elle pas un jeu comme tous les autres ? Un jeu que tu peux recommencer à l’envi ? Une simple histoire à laquelle tu peux ajouter des personnages ou les faire disparaître ?

Avant hier, j’avais dix ans. Hier, j’avais 25 ans, l’autre jour, quinze. Demain 17. Et dans deux jours 37… Une fois, j’étais une fille, une autre, j’étais un homme… J’étais pompier, infirmière, banquier ou boulangère… Etudiant ou employé, PDG ou chômeur…

Et oui, pourquoi êtes-vous tous enfermés dans cette illusion de réalité ? Ne voyez-vous pas votre prison ?

Non. Décidément, ce personnage ne me convient plus. Effacer et puis recommencer.

J’ai quinze ans et des poussières. J’écris sur mon blog et je n’en peux plus : aujourd’hui, j’ai eu mon premier baiser. Estelle avait froid par cette fin d’après-midi de février. Elle me l’a dit tout simplement. Frimeur j’ai répondu : “Je peux te réchauffer si tu veux”.

Elle s’est rapprochée et… nous n’aurons plus jamais froid.

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