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Pensées de l’instant

Légers doutes…

L’amour n’existe pas. C’est ce que je vous ai toujours dit. Et pourtant, depuis ce week-end, je commence à me demander si je ne me suis pas trompé. Hier, je quittais la capitale enneigée, après avoir péniblement dégagé avec mes trois passagers ma voiture de son immense manteau blanc. La météo annonçait qu’il fallait éviter de voyager avec son véhicule privé. Qu’importe le temps et les avis d’expert ! J’avais dit que je partirais, alors je partirais.

Tandis que ma Corsa, restée blanche pour la première partie du trajet, se frayait son chemin dans la neige, je n’étais pas préoccupé par les questions de sécurité qui découlaient de ces intempéries historiques - la capitale n’avait jamais vu autant de neige - ou les questions relatives à mon état de conduire, puisque je n’avais presque pas pu dormir. C’est à elle que je pensais. Elle n’avait pourtant pas croisé mon chemin bien longtemps.

C’était la première fois que je voyais autre chose que l’aéroport ou la gare de la ville. Notre groupe d’amis venait rejoindre celui des nôtres qui s’était exilé de la province. Au dernier moment, la date avait bien failli être repoussée. Il avait fallu que nous insistions passablement pour qu’il ose emmener en soirée avec nous son amie qu’il avait rencontrée par hasard quelques semaines auparavant. Et c’est sur un coup de tête que celle-ci a appelé sa compatriote pour venir avec nous.

Je suis resté avec cette dernière toute la soirée, l’ai dévorée des yeux, l’ai regardé rire. Pris par le charme, j’ai été obligé de lui faire sentir ce que j’éprouvais pour elle. Ca devait bien faire un siècle que je n’avais plus eu de telle obligation.

Pourtant, c’est avec naturel et confiance que je lui parlais, avec cette subtilité qui me parvient parfois de je ne sais où et que j’utilise avec la même aisance que si elle était mienne. Et je ne sais quelle est cette main qui me guide aussi sûrement dans cette partie sinueuse du chemin de ma vie.

Son rire coulait, pur comme l’eau d’une source. Et sans fin je m’y désaltérais, ne pouvant plus détacher mes yeux des siens.

A la fin, elle m’avait laissé son numéro, qu’elle avait noté sur une bouteille de Rigolla, puis elle s’était levée rapidement. Comme dans un film, je m’étais levé un peu surpris, et j’avais tendu la main vers elle, étonné.

Que devais-je faire ? Que cherchait-elle ? Que voulait-elle ? Quoi qu’il en soit, elle m’avait pris au piège.

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