L’attente
Seul dans cette tranchée traversée par le vent, j’attends. Depuis longtemps déjà . Et je n’ai aucune idée de combien ça va durer. J’ai froid et je grelote en silence. Ici et là , un flocon vient se perdre dans la pénombre de mon trou.
Je n’ai pas droit à un feu pour me réchauffer ou me faire du café : la fumée me ferait repérer. Je ne touche pas à ma gnole, non plus. Je dois garder mes esprits. Qui l’eût dit il y a six mois, alors que je passais mon temps à bloguer, qu’aujourd’hui, je serai dans ce trou à attendre l’heure de la bataille.
La paix semblait éternelle et la routine semblait ne jamais devoir s’arrêter. Jour et nuit, nous ne pensions qu’à nos pensées, que nous postions sur Internet, ou que nous partagions avec nos amis dans un pub enfumé, par téléphone, visiophone ou courriel. Toute cette futile communication nous semblait naturelle. Qui l’eût imaginé autrefois que passerais ainsi des jours et des nuits sans rien dire, coupé du monde et de mes amis et que j’accomplirais mon destin au lieu de discuter.
Que dire à cet instant où rien ne se passe ? Si je pouvais parler, je n’exprimerais de toute manières pas ce serrement à l’estomac qui me prend depuis déjà plusieurs jours. Demeureraient alors les faits. Je n’en resterais alors pas moins muet : comment parler d’où je suis où de ce que je fais sans divulguer des informations qui ruineraient ma mission et me conduiraient à une mort certaine ?
Alors, je me tais. Je serre les dents et j’attends. Je dois me focaliser sur l’avenir. Ne pas penser au présent, ne pas penser à mon angoisse. Tout a été bien préparé. Ca doit donc fonctionner. Tous les indices le confirment.
Et pourtant, tout tient parfois à d’infimes détails; une information apparemment insignifiante dont je n’aurais pas tenu compte, quelque chose que j’aurais oublié de dire, ou un mot que j’aurais prononcé trop tôt… ou trop tard. Maintenant, ça me taraude, mais je ne peux plus rien y changer.
La balle n’est plus dans mon camp et je ne peux rien faire d’autre que d’attendre. Attendre que la neige cesse, puis la pluie, attendre que le soleil se couche et se relève. Attendre de voir si ma stratégie est gagnante.
14 mars 2006 at 14:05
je découvre..en prenant mon temps..il fait frisquet ici..
7 avril 2006 at 22:48
Très sympa,
Faites donc un petit tour par ici:
http://avousdejuger.romandie.com/
À Bientôt