Y’en a marre de « la Suisse manque de croissance » !
Mesdames, Messieurs,
Ô stars du système capitaliste,
Doctes professeurs et érudits étudiants en économie,
Cela m’afflige de voir à tel point les élites de notre pays se fourvoient en parlant toujours et encore de la croissance de la Suisse qui est ridicule à l’égard de pays du Tiers Monde telles l’Inde et la Chine. Qu’est-ce que la croissance ? Serait-ce le Graal ? Le Paradis ? Le bonheur auquel chacun aspire ?
Aujourd’hui, nos beaux vieillards en costard-cravate bêlent en choeur pour nous dire que la situation de notre pays serait dramatique : pas de croissance, car des prix trop hauts, etc. etc…
Messieurs les dictateurs capitalistes, cessez de vous lamenter, car vous ne valez pas plus que Staline ou Mao, qui sous l’appellation « communisme » ont servi à leur peuple misère, propagande et dictature afin de s’enrichir sur leur dos. Je comprends que vos intérêts personnels nécessitent que vos entreprises connaissent des résultats de plus en plus élevés, afin de justifier vos rémunérations démentes. Cependant, les intérêts du Peuple, de la Nation et du continent tout entier divergent des vôtres. En effet, mise à part la raison précitée, je ne vois pas le bienfondé de la croissance à l’échelle de notre pays.
Pour être compréhensible, je vais vous dévoiler ici ma vision de la croissance. Vos doctes avis viendront bien vite, je l’espère, éclairer le panorama qui s’étend devant mes yeux et que je perçois comme une tempête de mots et de superlatifs vides de sens.
Il existe à mon sens deux voies pour la croissance :
1) La croissance naturelle découlant de l’évolution de la population
2) La croissance de rattrapage
Evidemment, ces deux voies trouvent dans la réalité diverses formes de réalisation. Cependant, il doit forcément en exister une troisième dont nos pontes ont le secret et qui explique mon incompréhension… à moins que tout cela ne soit qu’une rumeur : « Quelqu’un a dit je ne sais plus quand que je ne sais plus quelle star de l’économie pense que la croissance c’est bon ».
Je parle naturellement de croissance significative. Pas les 2-3% que l’on peut attribuer à l’inflation, la marge d’erreur, les activités non déclarées ou illégales, etc. etc…
1) Croissance naturelle provenant de l’accroissement de la population
Le moyen le plus évident de croissance est celle qui suit le développement naturel de la population : plus il y a de bouches à nourrir, plus l’on devra produire à manger.
En Suisse et en Europe, cette croissance démographique est nulle, car d’une part, la natalité est insuffisante à renouveler la population, les familles nombreuses étant mal vues, car représentent – à tort – aux yeux de l’opinion une soumission trop forte à la religion et une soumission de la femme à l’homme. Une telle vision conduit naturellement toute femme qui a la vocation de procréer à y réfléchir à deux fois.
L’autre volet de la croissance démographique est un rapport migratoire positif. Hors il est de bon ton de compliquer à loisir la venue des étrangers « qui viennent manger le pain des Suisses ». La politique joue de ce côté-là clairement une politique de décroissance.
Cela dit, la Suisse est un pays minuscule où la densité de la population (sur les territoires habitables) est trop forte. Ainsi, une politique en faveur de la croissance démographique ne trouve à mes yeux aucun intérêt (hormis en ce qui concerne le trou des assurances sociales).
Pour assurer la croissance démographique, il existe une troisième solution qui consiste à annexer des territoires d’autres Etats. Cette solution, bien que momentanément démodée en politique depuis l’avènement de la bombe atomique, est très courante dans l’économie où elle prend le nom très tendance de « fusions et acquisitions ».
Si les fusions sont extrêmement onéreuses (les « stars » qui traitent de telles affaires à Wall-Street sont encore plus payés que les dirigeants des grandes banques), comme les agressions militaires, elles ont l’avantage de ne coûter aucune vie humaine (les chômeurs dépressifs ne sont pas des cadavres…). En outre, il est plus facile de « liquider » les opposants dans une entreprise que de chasser un peuple de son pays.
2) Croissance de rattrapage
Lorsque notre nation est critiquée pour sa « croissance anémique », elle est régulièrement comparée à des pays émergents, telles que l’Inde et la Chine, qui par ailleurs connaissent une évolution démographique sensiblement différente de la nôtre. Et si l’on se focalise sur l’Europe, ce sont des nations postcommunistes qui sont citées.
Ainsi, la Suisse devrait-elle donc pleurer d’être déjà arrivée au sommet et de ne plus pouvoir grimper plus ? Messieurs les gourous de l’économie, ressaisissez-vous ! Et que pensez-vous de la problématique d’approvisionnement en matières premières ?
Bien sûr, vous arguerez que j’oublie l’innovation ! Et je vous répondrai que ce n’est pas un oubli. Certes un produit innovant est vendu cher. Cependant, chaque produit innovant qui entre sur le marché chasse un produit obsolète et en dévalue plusieurs autres.
Et là , vous me citerez l’apparition de l’automobile et la venue de l’informatique. La première a chassé l’hippomobile considérée rapidement comme trop lente, trop sale (et oui, les chevaux font leurs besoins sur la route) et trop chère.
L’informatique qui était nouvelle n’a pas pris la place du papier, bien au contraire ! Mas par la rationalisation qu’elle a permis, elle a créé une deuxième révolution industrielle rendant inutiles un certain nombre d’employés. Ces gens-là , qu’ils soient au chômage ou à l’assurance invalidité, ils perdent une part de leurs revenus et donc consomment moins. Certes, d’autres y ont trouvé leur place au soleil… rappelez-vous le très lucratif canular du bug de l’an 2000 !
Tout cela risque de devenir peu à peu indigeste. Alors récapitulons.
1) La Suisse n’est pas en état de rattrapage
2) La population helvétique n’augmente pas
3) La population helvétique n’a pas la place de croître, le pays étant déjà plein
Mes solutions :
A) Renoncer au paradigme de croissance, suranné.
B) Truquer – un peu plus – les chiffres pour que la croissance continue d’exister sur le papier, vous n’en dormirez que mieux
C) Relancer réellement la croissance helvétique par voie militaire, la seule restant disponible. Si – à l’évidence – cette solution venait à ne pas fonctionner, le pays serait détruit. Nous aurions droit alors à une croissance de rattrapage.
Plus sérieusement, je crois qu’il faudrait que nos élites cessent de passer leur temps à pleurer sur des chiffres qui ne veulent rien dire. Certes la Chine frime avec son taux de croissance. Mais vous Européens, aimeriez-vous vous nourrir d’un bol de riz par journée de 15 heures, et dormir à cinquante par chambre, dans une usine située à des kilomètres de votre famille ?
Vous savez ce qui m’attriste le plus avec la Chine ? C’est que Zola, c’est la Belle au Bois Dormant à côté, mais tout le monde en rêve…