Pensées de l’instant

Le grand saut

Parfois, dans la vie il faut savoir se lancer. Et quand on est un quatuor comme le nôtre – le pianiste du quintette était retenu par des obligations professionnelles – il faut parfois se lancer des défis fous. Celui d’hier, c’était une idée de notre violoncelliste, qui n’en était pas à son coup d’essai. Le défi : un saut en parachute.

Rendez-vous 8h30 à l’Aérodrome de la Gruyère. Tout d’abord les quelques formalités d’usage, puis, cours de théorie. Comme le temps est incertain, c’est le plus bavard des instructeurs qui nous la donne, le temps que le soleil réapparaisse d’entre les nuages et qu’ils soit coupé pour laisser partir le premier groupe. Pour nous, départ vers la terrasse de la buvette : nous serons les 4e à décoller.

Nous voyons ainsi le premier groupe prendre son envol, puis réapparaitre dans le ciel. Comme nous, il s’agit de tandem. Ensuite, des gens du club décollent. Enfin, une deuxième équipe qui part juste avant l’arrivée de la pluie. Ils restent 40 minutes dans l’avion, avant que ce dernier n’atterrisse avec ses passagers : la concentration importante d’eau dans les nuages peut les mettre en danger. Ils n’ont donc pas eu le feu vert pour sauter.

A 11h30, nous sommes en pleine partie de jass, après avoir rangé le uno. C’est aussi ça le parachutisme. On nous annonce que notre décollage aura lieu vers 14h, car les normes anti-bruit imposent un arrêt des opérations à midi. Du coup, nous sommes partis manger ailleurs – notre table étant désormais réservée pour quelqu’un d’autre. Pendant que nous buvions le café, alerte : décollage imminent. Retour à l’aérodrome.

Après commence la partie drôle : nous enfilons des combinaisons rouges moulantes où nous avons l’air de clowns… Ensuite, répartition des moniteurs, on enfile les harnais et on rejoint le tarmac où nous attend le Pilatus Porter PC-6 ou couleurs « Flying Devil ». Installés dans l’aéronef, nous opérons un petit tour de piste, puis retour à la case départ. Le pilote ne fait plus confiance à sa jauge de carburant et préfère faire le plein. L’occasion de voir en action le bus VW camion citerne « Flying Devil », qui donne l’impression d’avoir passé sous un avion. En fait, il est coupé pour de bonnes raisons : il peut ainsi passer sous les ailes de l’aéronef et aussi servir de plateforme pour que le pompiste puisse atteindre les réservoirs.

Enfin commence le moment de vérité : le décollage. A peu près aussi stable qu’un vol de ligne. Et là, pendant que nous montons à 4000 mètres du sol, ce sont 15 minutes où l’on peut tranquillement se poser la question de ce qu’on fait là. Arrivés à 3000 m. commence la dernière minute avant le largage. La plus longue. Les moniteurs finissent de nous attacher à eux. Puis on se dit tous au revoir et bon vol. L’un d’eux nous dit qu’ils feront tout pour que nous soyons toujours un quatuor à l’arrivée… Soudain une sensation de perte de gravité. La porte s’ouvre et les deux premiers tandems disparaissent dans le vide. Nous sommes en plein milieu d’un nuage. C’est mon tour.

Je m’approche donc de la sortie et me dirige vers l’extérieur. Je commence par me mettre debout sur le marche-pieds puis me souviens qu’il fallait se laisser aller dans le vide, accroché au moniteur qui décide quand il sortira… Alors, c’est direct la chute. On tombe à une vitesse fulgurante à travers le nuage. Ca parait irréel, comme dans un rêve. Puis d’un coup le paysage réapparait et très vite le parachute s’ouvre et nous freine tout en douceur. Après, on peut regarder un peu le paysage, puis le moniteur me passe un moment les commandes et me fait faire des « tours de manège ». Un coup à droite, un coup à gauche. On perd ainsi beaucoup d’altitude en tournant dans tous les sens. Très impressionnant pour ceux qui regardent depuis le sol. Mais en vol, la force centrifuge donne l’impression qu’on est arrêté… Puis vient le moment de l’atterrissage, tout en douceur, puis le moment des aveux : je n’aurais jamais osé sauter si j’avais été seul. Merci au violoncelliste et au Quatuor 5 !


Sécurité

Tout d’abord le risque météorologique est – on l’a vu – suivi de très près. Donc pas de souci de ce côté. L’avion semble bien entretenu. Quand le pilote ne fait plus confiance en sa jauge, il préfère revenir que décoller et, selon les parachutistes, le plus dangereux c’est l’atterrissage. C’est pour ça qu’ils préfèrent sauter en cours de route…

Après, les instructeurs : très détendus certes, mais toujours professionnels. Il existe une routine bien établie et à chaque étape ils nous expliquent ce qu’ils font. Tout est contrôlé et il n’y a aucune surprise.

Puis le matériel : le parachute est en trois parties : un stabilisateur qui s’ouvre dès la sortie de l’avion et qui nous remet dans une position adéquate après quelques roulés-boulés dont on ne se rend pas compte. Ensuite, après les 1500 mètres de chute libre – 50 secondes en tout – l’instructeur ouvre le parachute. Puis il vérifie que tout fonctionne. Si tel n’était pas le cas, il pourrait larguer la toile et commencerait alors une nouvelle chute libre. Enfin, il déploierait le parachute de secours. Dans le cas où le parachutiste perdait connaissance, un altimètre incorporé au parachute ouvrirait dans tous les cas le parachute de secours à 650 mètres.

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